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Développer l'infrastructure et les communautés techniques 23 avril 2021

En République dominicaine, IX.DO commence à émettre discrètement, avec plusieurs membres engagés

Israel Rosas
Par Israel RosasSenior Regional Development Manager

Le nouveau point d’échange Internet (IXP) de la République dominicaine compte déjà 24 membres, dont trois ont commencé à échanger du trafic en novembre 2020. Quatre autres commenceront ce trimestre, dont les plus grands opérateurs du pays.

L’IX.DO est né après maintes tentatives infructueuses. L’initiative lancée par le gouvernement en 2007 n’étant jamais devenue opérationnelle, le centre de données NAP del Caribe a commencé à faire pression pour la mise en place d’un IXP dès son arrivée dans le pays en 2008.

Une décennie plus tard, en 2017, le chapitre République dominicaine de l’Internet Society a relancé les efforts après avoir organisé une série de forums locaux sur la gouvernance de l’Internet. Ils ont abordé le sujet de l’infrastructure et ont inclus des panels de discussion sur les meilleures pratiques en matière d’IXP avec des experts du registre d’adresses Internet d’Amérique latine et des Caraïbes (LACNIC). Des régulateurs, des entreprises de télécommunications et des universitaires ont participé à ces forums, qui ont également étudié les raisons de l’échec de la précédente initiative IXP.

« Il y avait un fort intérêt pour la reprendre, alors [l’Internet Society] l’a dirigée », explique Osvaldo Larancuent, président du chapitre République dominicaine de l’Internet Society. « En janvier 2018, nous avons lancé un appel et commencé à constituer une équipe. Nous avons décidé de le faire de manière collaborative et avons formé des comités. Il y en avait un juridique, dans lequel les participants ont décidé de travailler sur un MoU [protocole d’accord] multilatéral. »

Dans le même temps, le chapitre a demandé une subvention Beyond the Net pour des projets de moyenne ou grande envergure et a reçu 30 000 dollars américains en octobre 2018.

« Les fonds étant assurés, et un protocole d’accord formel étant conclu, nous avons convoqué les différentes parties prenantes en novembre », déclare M. Larancuent.

À ce jour, 24 entités ont signé l’accord de participation de l’IXP, dont la présidence de la République, huit fournisseurs et entreprises de télécommunications qui représentent 98 % de la consommation Internet du pays, deux opérateurs et 12 universités, plus son hôte, NAP del Caribe.

María Waleska Álvarez est la directrice exécutive de NAP del Caribe, le centre de données neutre qui abrite l’IX.DO. « On pourrait nous caractériser comme l’aéroport pour ce trafic », explique-t-elle. « Nous générons de la valeur pour nos clients. Parce que nous avons l’IXP, nous gagnons de la valeur ajoutée, devenant beaucoup plus compétitifs, par rapport aux autres acteurs du marché. Cela nous rend plus attractifs. »

De gauche à droite, l’équipe de direction de NAP del Caribe à la salle Meet Point : Carlos Bonilla, directeur des opérations ; Lizbeth Gil, directrice des finances et de l’administration ; Carlos Jansen, directeur des installations ; et María Waleska Álvarez, directrice exécutive. Photo reproduite avec l’aimable autorisation de NAP del Caribe.

Toutefois, selon Mme Waleska Álvarez, le plus grand avantage profitera aux utilisateurs finaux « Cela représente une ouverture du marché. Avec l’IXP, des opportunités plus abordables et plus sûres sont créées pour les entreprises émergentes, les entreprises dominantes et les utilisateurs. »

L’un des plus grands avantages de l’IXP est qu’il permet une plus grande concentration du trafic local en République dominicaine, ce qui signifie une moindre dépendance à l’égard des connexions internationales et une réduction des coûts d’exploitation pour les opérateurs téléphoniques locaux. Cela représente également des connexions plus sûres, car le trafic local reste dans le pays. Enfin, les utilisateurs bénéficient d’une expérience de meilleure qualité.

Avec l’augmentation du trafic local via l’IXP, le pays deviendra également un lieu stratégique pour les fournisseurs de contenu.

IX.DO a commencé à émettre discrètement en novembre 2020, et trois entreprises échangent déjà du trafic (Columbos Wireless, OneMax et GoldData), plusieurs autres étant en cours de connexion. Ce trimestre, les quatre grands fournisseurs restants (Claro, Altiz, Wintelecom et Trilogy) seront connectés.

« Les IXP créent l’infrastructure fondamentale pour améliorer la transmission des données. Pendant les tests, nous avons constaté que nos temps d’échange sont passés de 20 millisecondes à 0,9 milliseconde » a déclaré M. Larancuent. « Pour les utilisateurs normaux, cela signifie que leur visage semble moins granuleux ou robotisé à l’écran. L’utilisateur a une meilleure expérience car la vitesse interne est meilleure. »

Selon M. Larancuent, au cours des premiers mois de la pandémie, la consommation d’Internet a augmenté de 30 % dans le pays. « Bien que nous ayons une bonne couverture Internet mobile, estimée à 87,66 % – selon le régulateur (INDOTEL) et l’Observatoire national des TIC (ONTIC) de l’Institut technologique de Saint-Domingue (INTEC)… on estime que seuls 11,53 % des foyers disposent d’une connexion à haut débit, et on y constate un manque d’ordinateurs. Tout cela affecte la capacité à transmettre des contenus éducatifs à distance. C’est pourquoi la télévision a été privilégiée lors de la pandémie de COVID-19. »

Selon M. Larancuent, le gouvernement a fait des efforts considérables pour rendre Internet abordable, en concluant des accords avec les fournisseurs d’accès à Internet afin de réduire le coût des données pour les clients, en particulier pour les plus démunis, tout en explorant d’autres options pour renforcer la résilience d’Internet et améliorer la qualité et le coût des services. Toutefois, selon lui, la pandémie a révélé les faiblesses d’un modèle basé sur l’accès Wi-Fi dans les sites gouvernementaux et publics.

Récemment, le gouvernement a publié le décret 71-21, constituant le bureau présidentiel pour la transformation numérique de la République dominicaine, qui comprendra un groupe de travail sur la connectivité, l’accès et les plans de haut débit. Le chapitre de l’Internet Society participera en tant que membre permanent du groupe de travail, afin de collaborer à sa conception et à sa mise en œuvre.

Selon M. Larancuent, les IXP présentent quatre avantages principaux. « Le premier est l’efficacité, car le trafic local est concentré et n’a pas à chercher un signal international. Cela permet d’économiser le coût de la transmission sous-marine. Le deuxième élément qui va s’améliorer est celui des services internationaux (Google, Amazon, Netflix, etc.). S’ils sont présents ici, les utilisateurs pourront y accéder sans délai. Cela permettra également de réduire la congestion et la saturation des lignes Internet. »

Toujours selon M. Larancuent, trois CDN ont déjà demandé à rejoindre IX.DO – Google Cache, Amazon World Service, et Facebook ont exprimé leur intérêt. Le conseil d’administration a également pris contact avec Microsoft et Netflix.

« Le troisième avantage des IXP, poursuit-il, est qu’ils encouragent les entreprises qui développent du contenu à le laisser sur place. Cela favorise la transformation numérique locale, car davantage d’entreprises de la région seront en mesure de fournir des services, notamment dans les secteurs de la banque, de la santé, des médias, de la finance, de l’éducation et de la justice, et de stocker leurs contenus sur des serveurs locaux. »

« Enfin, et ce n’est pas le moins important, on trouve les avantages de la structuration d’un écosystème numérique local intégré, qui adopte les meilleures pratiques pour la gestion sûre du réseau (comme la norme MANRS pour le routage sûr), qui développe ses capacités en maximisant les capacités locales de l’Internet. »

La subvention de 30 000 dollars de l’Internet Society a couvert l’équipement et l’infrastructure techniques initiaux, tels que le serveur de routage, les ordinateurs et les serveurs, la passation de contrats de services avec des partenaires, l’installation et la formation, ainsi que l’embauche d’un chef de projet. Cependant, M. Larancuent estime le coût total du projet à environ 50 000 dollars, ce qui inclut plusieurs dons distincts en nature et ponctuels de serveurs et d’équipements qui leur ont permis de prendre enfin leur envol.


Image d’Asael Peña via Unsplash

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Avertissement: Les points de vue exprimées dans cette publication appartiennent à l’auteur et peuvent ou non refléter les positions officielles de l’Internet Society.

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