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Réseaux Communautaires 20 janvier 2021

Les communautés autochtones doivent avoir accès à l’Internet selon leurs propres conditions

Mark Buell
Par Mark BuellRegional Vice President - North America

Une version plus courte de cet article a été publiée pour la première fois dans leToronto Star.

Avec le lancement récent du Fonds pour la large bande universelle, ou LFBU, le gouvernement fédéral s’est engagé à combler le fossé de connectivité qui affecte de nombreuses personnes vivant au Canada. Au cours des huit derniers mois, le COVID-19 nous a montré l’importance de l’Internet en temps de crise. L’accès au haut débit est devenu un service essentiel aussi indispensable que l’accès à l’eau ou à l’électricité. Madame la ministre Maryam Monsef avait raison lorsqu’elle a déclaré « L’Internet à haut débit est plus qu’une simple commodité ».

Il est certain qu’un investissement de 1,75 milliard de dollars canadiens pour aider à réduire les obstacles qui ont laissé de nombreuses communautés autochtones, rurales et isolées au Canada du mauvais côté de la fracture numérique est à la fois nécessaire et bienvenu. Cependant, les responsables doivent veiller à ne pas priver de leurs droits les communautés qu’ils entendent aider dans ce processus. Pour les communautés les plus difficiles à connecter à l’Internet, seules des initiatives communautaires permettront de réussir. Il est primordial que les communautés qui en ont le plus besoin participent pleinement au processus, en mettant en place des solutions de connectivité qui leur conviennent, et qu’elles aient accès aux ressources nécessaires pour y parvenir.

Il s’agit là d’une opportunité, non seulement de garantir que chacun ait accès à ce service essentiel, mais aussi d’atteindre cet objectif grâce à une véritable collaboration avec les communautés autochtones. Le Comité de vérité et réconciliation du Canada souscrit sur ce point à l’article 19 de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones : « Les États se concertent et coopèrent de bonne foi avec les peuples autochtones intéressés — par l’intermédiaire de leurs propres institutions représentatives —avant d’adopter et d’appliquer des mesures législatives ou administratives susceptibles de concerner les peuples autochtones, afin d’obtenir leur consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause.”

Au Canada, les communautés autochtones sont largement sous-desservies. La majorité des foyers des réserves – plus des deux tiers – n’ont pas l’Internet à haut débit. Dans le Nord, le problème est particulièrement prononcé ; le CRTC a signalé qu’en 2019, moins de la moitié des foyers du Nunavut disposait d’une vitesse de téléchargement de 5 Mbit/s, sans parler de la vitesse cible de 50/10 Mbit/s fixée par le gouvernement.

Avant la pandémie de COVID-19, le manque d’accès avait des effets désastreux, limitant les possibilités d’éducation, de travail, de développement économique, d’accès aux soins de santé, pour n’en citer que quelques-uns.

La pandémie n’a fait qu’amplifier tout cela. Un exemple concret : les élèves des écoles secondaires des réserves du nord de l’Ontario ont dû recourir à des télécopieurs pour poursuivre leurs études en l’absence d’un Internet fiable. La fracture numérique joue maintenant un rôle encore plus important dans l’élargissement des fossés économiques, éducatifs et sociaux.

Depuis 2017, l’Internet Society organise chaque année un sommet sur la connectivité des communautés autochtones qui réunit des dirigeants autochtones, des membres des communautés, des fournisseurs de services Internet, des opérateurs de réseaux communautaires, des décideurs politiques et d’autres parties prenantes pour trouver des solutions. Le sommet 2020, en ligne, s’est achevé au début de ce mois par une série de recommandations visant à connecter les communautés autochtones.

Ces recommandations soulignent certains besoins fondamentaux, tels que la réalisation d’une cartographie précise du haut débit afin que les communautés mal desservies soient identifiées et incluses dans les programmes de financement fédéraux, ainsi que des mesures de responsabilisation pour garantir que les fournisseurs d’accès Internet fournissent réellement l’accès au haut débit qu’ils sont censés fournir.

En outre, les participants soulignent essentiellement qu’il est important que les entités gouvernementales et non autochtones s’engagent auprès des communautés autochtones dès le début de tout projet ou programme. Cela implique de respecter les protocoles et les normes, et de participer à la formation et à l’éducation culturelle. Ils appellent à une augmentation du nombre de travailleurs autochtones au sein des entreprises et des organisations, ainsi qu’au renforcement des capacités des communautés autochtones afin qu’elles puissent exploiter et entretenir leurs propres réseaux. Ils insistent sur les droits des gouvernements autochtones à utiliser le spectre, c’est-à-dire les ondes radioélectriques sur lesquelles circule le trafic Internet, sur leurs terres. Enfin, les possibilités de financement pour les communautés autochtones doivent être simples et privilégier le choix communautaire. En bref, les recommandations offrent un guide aux gouvernements, aux entités privées et aux organisations afin d’inclure les communautés autochtones en tant que partenaires à part entière et essentiels dans ces efforts.

La pandémie a accentué les dommages causés par le manque d’accès à Internet et exige une réponse rapide et audacieuse de la part du gouvernement ainsi que des autres entités afin de minimiser les dégâts. Le gouvernement fédéral a indiqué sa volonté d' »accélérer » ses efforts. S’il entend parvenir à une véritable équité numérique, il est essentiel que le gouvernement fédéral travaille en collaboration avec les communautés autochtones et qu’il leur donne les moyens de posséder et d’entretenir leurs propres infrastructures.

Lisez les recommandations politiques du Sommet sur la connectivité des peuples indigènes de 2020.


Image des participants au programme de formation des réseaux communautaires et des membres des communautés à Ulukhaktok, Territoires du Nord-Ouest ©Angela Gzowski

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Avertissement: Les points de vue exprimées dans cette publication appartiennent à l’auteur et peuvent ou non refléter les positions officielles de l’Internet Society.

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